As-tu déjà entendu parler de la Befana ? C’est une figure légendaire et emblématique de Noël en Italie. Malgré son apparence, ce n’est pas une sorcière malfaisante, au contraire, elle incarne à la fois la bienveillance et une touche de mystère. Sa légende, profondément ancrée dans la tradition italienne, trouve ses racines dans les Saturnales, ces festivités antiques dédiées à Saturne, le dieu des semailles, de l’agriculture et des récoltes, et plus encore, une période de renversement des rôles sociaux. Aujourd’hui, la Befana est bien plus qu’une vieille sorcière qui se cache dans l’ombre des fêtes, elle est un symbole de la sagesse et de la générosité qui trouve son écho dans les mythes et les traditions antiques. Allez. descends de ton balai, je te raconte l’histoire …
Qui est la Befana ?
L’habit de fait pas la sorcière
Dans les traditions italiennes, la Befana est une vieille femme qui, chaque année, descend dans les maisons des enfants dans la nuit du 5 au 6 janvier, la veille de l’Épiphanie. Munie de son balai, elle traverse les cieux pour apporter des bonbons aux enfants sages et des charbonnets aux petits chenapans. Elle est souvent décrite comme une vieille femme à l’allure fripée, mais dotée d’une immense sagesse. Ce personnage a quelque chose de fascinant : il allie des traits traditionnels de la sorcière caricaturale, la fameuse « méchante » des dessins animés, à une douceur presque maternelle, une bienveillance qui en fait un personnage incontournable des fêtes de fin d’année en Italie.
Une sorcière aux origines antiques
L’héritage des saturnales
La Befana trouve ses racines dans l’Antiquité, dans les festivités des Saturnales, célébrées chaque année à Rome en l’honneur de Saturne. Ces fêtes, qui avaient lieu du 17 au 23 décembre, étaient marquées par une inversion des rôles sociaux : les esclaves devenaient les maîtres, les maîtres se faisaient servir, et tout était permis dans une atmosphère de fête débridée. Les Saturnales étaient des moments de réjouissance, mais aussi de rébellion symbolique contre l’ordre établi.
Dans ce contexte, la Befana semble être une réinterprétation d’une figure de pouvoir féminin associée à l’hiver et à la fertilité, elle-même un héritage des traditions païennes antérieures. La vieille sorcière qui apporte des cadeaux et du charbon symbolise à la fois une forme de redistribution et une transformation sociale, un écho des Saturnales où le monde se renversait dans un élan de jouissance collective. Par cette inversion des rôles, la Befana rappelle que la tradition de l’Antiquité, où l’on échangeait des cadeaux et des vœux pendant les Saturnales, a laissé des traces dans le folklore chrétien, notamment à travers l’Épiphanie.
La symbolique de ce personnage féminin
Une figure de transgression et de rédemption
Si la Befana est une porteuse de cadeaux, elle est aussi le symbole de la rédemption. Son parcours à travers les cieux avec son balai est celui d’une femme errante, et sa quête pour rencontrer l’enfant Jésus évoque un rite de passage. Selon la légende, la Befana aurait d’abord refusé de suivre les trois Rois Mages à la recherche du Christ, mais plus tard, dans un élan de remords, elle aurait décidé de se joindre à leur voyage. Chaque année, elle parcourt les cieux pour rattraper son retard et offrir des présents, en signe de repentance. Ce récit introduit une dimension spirituelle forte : celle de la femme qui cherche la rédemption à travers ses actions, tout en réaffirmant sa place dans un monde régulé par des règles strictes et des hiérarchies.
La Befana, à l’instar des sorcières antiques, est donc une figure ambivalente. Elle symbolise à la fois la transgression, l’errance et la rédemption, tout en restant profondément liée aux anciennes pratiques religieuses et païennes. Comme dans les Saturnales, elle traverse les oppositions, entre le « bien » et le « mal ». De par ses cadeaux et ses charbonnets, elle rappelle les dualités essentielles du monde ancien : la lumière et l’obscurité, la générosité et la punition.
La sorcière, une femme puissante et savante
Héritière des mythes sur les magiciennes antiques
La tradition de la Befana trouve son écho dans la vision que les Romains avaient des femmes puissantes, sages, mais parfois redoutées, à l’image de certaines figures de sorcières mythologiques, comme Circé et Médée. Loin des stéréotypes modernes de la sorcière maléfique, ces figures antiques avaient souvent une dimension ambivalente, incarnant à la fois la sagesse et le pouvoir féminin, mais aussi une certaine révolte contre l’ordre établi. La Befana, en ce sens, se rattache à une tradition ancienne où la magie et les rituels de passage étaient perçus à la fois comme des moyens de guérison, de protection et de purification. Le balai de la Befana, par exemple, rappelle les pratiques de purification dans les sociétés antiques, où la brosse ou le balai symbolisait le renouveau et la transformation.
On fait le point : la Befana n’est pas juste vieille femme aigrie qui distribue des sucreries. Elle est la continuité d’un imaginaire antique, où la sorcière n’est ni tout à fait bonne ni tout à fait mauvaise, mais porte en elle la dualité fondamentale de l’existence humaine. Héritière des Saturnales, la Befana rappelle l’ambivalence de la sorcellerie antique, mais aussi la capacité des traditions populaires à se réinventer et à s’adapter aux temps modernes.
Elle nous invite à réfléchir sur la place des femmes dans nos sociétés, non seulement comme des figures de sagesse, mais aussi comme des symboles de transgression, de résistance et de rédemption. Par sa présence et son mystère, la Befana transcende les époques, les croyances et les stéréotypes, pour offrir une leçon intemporelle : celle de la sorcière comme agent de changement et de liberté, capable de bouleverser les codes tout en maintenant l’équilibre entre ordre et chaos.


